Restauration papier grand me reLes fausses bonnes idées de « Grand-mère »,

 

Oignon, pomme de terre, eau de javel, vinaigre blanc,... des produits naturels mais pas inoffensifs pour votre œuvre.

Les idées dites de « Grand-mère » sont souvent pertinentes pour l'intérieur de sa maison, mais quand on s'attaque à une œuvre, méfiez-vous du résultat.

Des mauvaises langues diront que les restaurateurs souhaitent garder le marché de services alors que le fait maison après avoir lu un blog est largement suffisant.

Chaque œuvre est un cas unique et on ne peut pas généraliser un traitement au risque de créer des dommages irréversibles, même pour un excellent restaurateur.

« J'ai lu que... » et les « on m'a dit que... » sont nombreux à se rependre. Sur le court terme l'oignon ou l'eau de javel peut avoir des effets « miraculeux » mais passer quelques mois des nouvelles dégradations apparaissent.

Les produits sont à cibler par rapport à la nature du problème et la composition de l'oeuvre (type de papier, de médium, date de création,...) et ils sont surtout à neutraliser !

L'eau de javel continuera son travail de destruction de la fibre après votre bain et cela pendant plusieurs semaines. Les dégâts sont alors irréversibles.

Comme pour les médicaments, demandez toujours l'avis d'un restaurateur avant toute action.

 

Atchoum ! Gare aux projections microbiennes involontaires

 

Un éternuement est un réflexe maîtrisable ou non selon la spontanéité de sa manifestation première et notre propre gestion du corps.

Signes de diverses maladies, ou causé par de la poussière, pollen,… il correspond à une irritation de la muqueuse nasale cherchant à évacuer l’élément nuisible par l’expulsion d’air contenu dans les poumons par le nez et la bouche.

Il en résulte des gouttelettes, plus ou mois grandes, plus ou moins nombreuses, et plus ou moins dispersées.

Votre fragilité saisonnale à l’éternuement doit-être prise en considération lors de la consultation d’œuvres sur papier. L’impact de micro-gouttelettes sur une aquarelle, un pastel (non fixé) peut avoir des conséquences désastreuses.

Le port d’un masque est alors recommandé :

 

 

Masque chirurgical

Masque chirurgicale

En vente en pharmacie, environ : 0,30 euros/pièce

 

Trois risques :

 

  • La diffusion des pigments

Aquarelle restauration

Aquarelle avant une projection salivaire

Mouillure2

Oeuvre avec la diffusion des pigments sur les parties marrons des roseaux

  •  La mouillure (les saletés incorporées dans le papier vont à la périphérie de la zone touchée et le cœur de la zone touchée est claire)

  • Changement des conditions climatiques à la surface du papier et augmentation du risque de développement des micro-organismes déjà présents.

  • Mouillure 2

    Détail d'une mouillure sur une estampe
  • On constate que les couleurs des estampes japonaises, sur papier crépon, ont une diffusion importante.

Mouillure japonais 1

Conséquences d'un dégât des eaux sur une estampe japonaise


La lumière noire

 

Habituellement utilisé par les caissières pour vérifier l'authenticité d'un billet de banque par l'identification de la présence des marqueurs de sécurité, la lumière noire peut aussi révéler des informations primordiales sur une œuvre.

Le contre-collage d'une œuvre sur un support empêche la visibilité de son verso et une observation par transparence. Le passage de la lumière noire permet la détection de moisissures « camouflées ».

 

.Lithographie avec moisissures           Lithographie sous lumière noire

                                               Oeuvre contre-collée visible à la lumière artificielle                                                                                                                 Oeuvre visible à la lumière noire (moissisures visibles au niveau de la signature dans la planche)

 

 

 

L'observation à la lumière noire doit se faire dans l'obscurité, munit de lunette de protection et d'une lampe néon ou une torche led.

 

  Lampe lumière noire néon   Lampe lumière noire leds  lunette de protection contre la lumière noire

                                                                       Lampe néon                                                                                                                      Torche lumière noire à leds                                                                                             Lunette de protection

 

 

 

Le marquage à l'encre invisible assure une sécurité contre la revente frauduleuse. La présence d'un numéro d'inventaire (norme muséale) ou d'une collection donnent des informations sur l'origine de l'oeuvre et de mener une enquête rapide sur la légalité de sa mise en vente.

Le passage de la lumière révélera la marque permettant de débuter le travail d'investigation.

 

Malette identification à l'encre invisible                Marquage encre invisible oeuvre d'art

                                                                Matériel de marquage à l'encre invisible                                                                                                                                 Identification d'un numéro à la lumière noire

 

 

Le filigrane, un indice

 

Estampe Louis Auguste Girardot  Estampe Louis Auguste Girardot 2

                                   Pointe sèche de Louis-Auguste Girardot à la lumière naturelle                                                                            Pointe sèche de Louis-Auguste Girardot sur table lumineuse

 

 

 

Le filigrane

En premier lieu, l'estampe est placée sur table lumineuse afin de pouvoir distinguer le filigrane. Grâce à la méthode de fabrication du linters, le filigrane est clairement visible.

Grâce aux capacités d'un scanner A3 doté d'un capot à lecture de diapositives, dont la particularité est une rampe néon supplémentaire, il est possible de pouvoir identifier clairement le filigrane ainsi que sa régularité. Il est facile de deviner que la lettre tronquée est un « A », ce qui est confirmé par des recherches documentaires puisqu'un imprimeur célèbre à l'époque, estimé de l'impression de l'estampe, se nommait : « Alfred Louis Porcabeuf ».

Le Benezite contient un Alfred Porcaboeuf, graveur, né à Paris le 31 janvier 1867. Il était élève de Boilvin et sociétaire des Artistes Français depuis 1888. On remarquera également sa décoration de la médaille de Chevalier de légion d'honneur.

Alfred Louis Porcabeuf a commencé a utilisé un filigrane à son nom à partir de juillet 19011.

 

 

Louis-Auguste GIRARDOT2 était un peintre et lithographe, né à Loulans-les-Forges (Haute-Saône, région Franche-Comté) en 1856 et mort en 1933 à Loulans-Verchamp (Haute-Saône, région Franche-Comté).

Il a été l'élève de Gérôme et de Paul Dubois à l'Ecole des Beaux-Arts de Paris. Sociétaire du Salon de la Nationale des Beaux-Arts depuis 1890, il figura aux Expositions de cette société. Chevalier de la Légion d’honneur. Il obtint une médaille et le prix Marie Bashkirtsteff3 en 1887, et des médailles d’argent aux Expositions Universelles de 1889 et de 1900. Exposa au Salon de Paris des paysages à partir de 1881.

Il obtient une bourse de voyage en 1887 et part pour le Maroc et l'Algérie. Il y retourne plusieurs fois. Il peint surtout des sujets féminins et algériens.

Il expose au Salon des Artistes Français de 1881 à 1889. Il devient un des représentants du mouvement orientaliste.

 

Au regard de la concordance d'activité entre l'imprimeur et l'artiste, le filigrane est un élément de déduction supplémentaire pour prétendre que l'oeuvre est originale et parfaire sa datation. 

 

1 Loys Delteil, Le peintre-Graveur illustré, XIX et XX siècles, Tome VI.

Louis-Auguste Girardot figure dans le Bénézit p.39 du volume comprenant la lettre G.

3 Il s’agit d’un Prix fondé en 1885 par Mme Bashkirsteff à la demande de fille Marie, artiste peintre, qui sera décerné à un artiste peintre, femme ou homme, intéressant par sa situation et ayant obtenu au moins une mention l'année même à  l'exposition annuelle des Beaux Arts dite " Le Salon" organisée par la Société des Artistes français.

 

Des mains propres, nos meilleurs outils

 

Manipuler un papier n'est pas un acte anodin. Sa composition absorbe, tel un buvard, les particules sur votre main. Détritus, bactéries, poussières, … se déposent sur votre document. La manipulation d'une oeuvre augmente son risque de détériorations supplémentaires.

Alors que faire ?

Gants blancs en coton, en nitrile, en latex, gel antibactérien ?

Tout d'abord des mains propres, nettoyées au savon pendant 30 secondes, bien rincées et séchées. C'était la base avant toute manipulation d'ouvrage au sein des bibliothèques. Usage tombé en désuétude malheureusement.

 

 

Bacte ries mains Bon            

Ces images incroyables résultent d'une petite expérience faite par Tasha Sturm,                                       Test de la feuille absorbante au thé vert (à gauche : avant ; à droite : après quelques secondes sur la peau des doigts)

une laborantine du Cabrillo College (Californie, Etats-Unis). La biologiste a demandé                             Marque : E.L.F ; Composition : Microcrystakkube Wax (Cera Microcristallina), Caprylic/Capric Triglyceride, Camellia Sinensis (Green Tea) Leaf Extract

à son fils de 8 ans, revenant d'une séance de jeux à l'extérieur, d'apposer sa main dans                              Crédit photos : Thomas Wierzbinski

une boîte de petri préparée pour recueillir les germes et bactéries présentes à la surface

de sa paume. Cultivée dans ce gel (un gélose trypticase soja qui constitue un très bon

milieu de culture), les bactéries ont grossi...

Crédit photos : Tasha Sturm / Cabrillo College / American Society for Microbiology

Sciences & Avenir

 

Idéalement, manipulez vos œuvres avec des gants en nitrile que vous prenez soin de jeter après chaque utilisation.

Raisonnablement, pensez à nettoyer vos mains régulièrement et correctement.

Esthétiquement, pour de belles photos de communication, arborer vos gants blancs cérémoniels ! (pensez à les mettre à la machine juste après)

Cliniquement, mettez un masque anti-bactérien car un éternuement non maîtrisé cause des tâches disgracieuses (surtout sur une aquarelle)

 

Pour en savoir plus : International Preservation New, N°37, Décembre 2005, page 10, Fausses idées sur les gants blancs par Cathleen A. Baker

et Randy Silverman. Ifla pac 2005 randy silvermanIfla pac 2005 randy silverman (1.09 Mo)

 

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